Karen Aglukark
Forms and qualities of social support: Understanding the role of relationships among Inuit healing from trauma
Pour les Inuit, le bien-être est étroitement lié à l’autonomie, à la vie communautaire et à la culture. Les effets de la colonisation, qui se font encore sentir aujourd’hui, ont bouleversé les familles, les pratiques culturelles et les approches communautaires de guérison. Dans de nombreuses communautés, les services de santé mentale demeurent limités et surchargés, tandis que les systèmes de soutien social ne tiennent pas toujours compte des réalités inuites. Réalisé avec l’organisme Aqqiumavvik Society, ce projet cherchait à déterminer comment mener, à Arviat, des recherches sur les traumatismes et la guérison de manière sécuritaire et respectueuse, sous la direction de la communauté inuite.
Méthodologie
Le projet s’est appuyé sur la méthodologie de recherche Aajiiqatigiingniq, qui met l’accent sur la participation réfléchie de la communauté et la conception collaborative de la recherche. Karen a travaillé étroitement avec les partenaires communautaires et mené des entrevues individuelles et de groupe auprès de 24 personnes d’Arviat. L’analyse des données a elle aussi été réalisée en collaboration, de manière à tenir compte des perspectives communautaires à chaque étape.
La collecte de données a été facilitée par des services locaux de traduction et d’interprétation en personne. Les travaux ont également examiné comment certains éléments des modèles neuropsychologiques pouvaient enrichir les récits et les objectifs de la communauté, sans remplacer les savoirs inuits.
Résultats
Selon les personnes participantes, la compréhension du traumatisme dépend du contexte, de la langue inuktitut et des perspectives inuites. Elle ne peut se limiter à une vision axée sur les déficits ou la pathologie.
La guérison a été décrite comme un cheminement profondément personnel : elle suppose de comprendre l’influence du passé sur les pensées et les comportements, tout en développant des moyens de faire face aux difficultés futures.
Les personnes participantes ont présenté les relations comme une composante essentielle de la guérison, particulièrement lorsque le soutien repose sur des expériences partagées, une compréhension culturelle, de la souplesse et une acceptation inconditionnelle.
Les membres de la communauté ont souligné que les espaces de guérison devraient offrir des occasions d’apprendre, de grandir et de créer des liens.
L’étude montre que les processus de guérison peuvent être entravés lorsque les systèmes formels et les approches institutionnelles ne tiennent pas compte des perspectives inuites sur le bien-être, les relations et la guérison globale.
Retombées
En donnant une place centrale aux perspectives inuites et à la responsabilité envers les relations établies, la démarche de recherche a elle-même contribué au renforcement des capacités de la communauté et du leadership inuit dans la définition et l’étude des traumatismes et de la guérison.
Le projet a permis de rassembler des connaissances issues de la communauté sur des approches de recherche et de soutien en santé mentale sécuritaires et respectueuses des réalités culturelles inuites à Arviat.
Le projet a également fait ressortir des repères utiles pour les professionnels et professionnelles de la santé mentale ainsi que pour les personnes qui accompagnent les communautés au Nunavut. Les résultats présentent une conception inuite de la guérison fondée sur les relations, la culture et l’expérience vécue, et offrent des pistes pour un soutien plus pertinent et mieux adapté.
À l’échelle du Nunavut, ces connaissances pourraient éclairer les pratiques des équipes d’intervention, des fournisseurs de services et des groupes de travail en matière de politiques. Elles pourraient aussi appuyer le renforcement des capacités communautaires et des approches du bien-être mieux ancrées dans les réalités culturelles inuites.
Déploiement du projet
Aucun déploiement au-delà du Nunavut n’était prévu. Le projet visait d’abord des retombées concrètes pour la communauté.
Ressources créées
Au moment de la rédaction du profil d’origine, un rapport final coconçu avec les personnes participantes était en préparation en vue d’être diffusé auprès des organismes de services communautaires du Nunavut.
- Mots-clés
Qui mène la recherche?
Originaire d’Arviat, au Nunavut, Karen Aglukark s’intéresse depuis longtemps à l’apprentissage et à la recherche menée avec les communautés. Grâce à sa formation en sciences humaines, en science politique et en psychologie, elle souhaite que les perspectives inuites occupent une place centrale dans les politiques et les programmes de santé mentale qui concernent les communautés. Son expérience vécue nourrit cet engagement. Soutenue par sa famille, ses mentors et ses pairs, Karen cherche à rapprocher les visions du monde inuites des avancées en sciences de la santé. Elle puise son inspiration dans les savoirs, la résilience et la détermination des communautés inuites, ainsi que dans leur volonté de bâtir un avenir autonome et florissant pour les Nunavummiut.
« Des bourses comme celle-ci montrent toute la valeur de la recherche et de la conception de programmes menées par les communautés. Cette bourse m’a donné le temps nécessaire pour être pleinement à l’écoute des personnes participantes et de leurs récits, et pour mieux comprendre ce qu’on attend de moi lorsque j’accompagne d’autres Inuit dans leur bien-être mental et émotionnel. J’applique les conseils reçus des partenaires et des personnes participantes dans ma vie personnelle et professionnelle. Je parviens ainsi à mieux prendre soin des autres tout en prenant soin de moi. Ce projet m’a donné envie de mettre mes forces et ma carrière au service du pouvoir d’agir des Inuit, de la revitalisation de notre culture et de l’avancement des connaissances et des initiatives déjà présentes dans la communauté. »
— Karen Aglukark