Peter Gilhuly
Sacred Synergy
Sacred Synergy était un projet de six mois visant à soutenir la nation Takla dans son cheminement vers le mieux-être après des expériences de dépendance et de traumatisme intergénérationnel. Il portait sur la place que pourraient occuper, à différentes étapes du rétablissement et de la réintégration sociale, les cérémonies traditionnelles de guérison autochtones, les activités liées au territoire et les approches assistées par des enthéogènes. Les travaux étaient étroitement liés à l’Addictions Recovery Circle (ARC) de la nation Takla.
L’objectif était d’aider la nation Takla à évaluer les ressources locales de rétablissement et à déterminer comment un programme fondé sur les pratiques et les priorités autochtones pourrait répondre aux besoins de la communauté. Le projet cherchait ainsi à combler un manque dans les connaissances en plaçant les pratiques de guérison autochtones et le leadership communautaire au cœur des décisions concernant les traumatismes, la dépendance et le rétablissement.
Méthodologie
Le projet a adopté une approche relationnelle, dirigée par la communauté et fondée sur l’Etuaptmumk, ou approche à double perspective, qui met en dialogue les savoirs autochtones et occidentaux. Reposant sur la confiance, la collaboration et l’écoute des besoins de la communauté, la démarche s’inscrivait dans une recherche-action participative (RAP), à laquelle les personnes participantes ont activement contribué.
Entre sept et onze membres de l’Addictions Recovery Circle (ARC) de la nation Takla ont participé à trois longues discussions de groupe et à des échanges individuels, pour un total d’environ 15 heures. Les cercles de partage et les récits recueillis ont porté sur les expériences du traumatisme, de la dépendance, de la guérison et du rétablissement.
L’analyse a fait ressortir plusieurs thèmes récurrents : les traumatismes intergénérationnels, les parcours menant à la dépendance, les expériences de rétablissement, les lacunes dans les ressources de soutien et les pratiques de guérison ancrées dans la culture, notamment celles liées au territoire, aux cérémonies et aux approches assistées par des enthéogènes.
Résultats
Le projet a montré l’importance des approches relationnelles et communautaires pour le rétablissement des dépendances et le bien-être mental dans la nation Takla. Les personnes participantes ont relevé des lacunes dans les mesures de soutien au rétablissement actuellement offertes, qui peuvent accentuer l’isolement et nuire au maintien du bien-être à long terme.
Les pratiques culturelles ont été constamment présentées comme essentielles à la guérison et au rétablissement. Les personnes participantes ont souligné l’importance des activités liées au territoire, des cérémonies et des liens avec la culture et les ancêtres pour trouver des repères et des ressources face aux traumatismes et à la dépendance.
Les cercles de partage et les conversations individuelles ont permis de parler ouvertement de dépendance et de santé mentale, contribuant ainsi à réduire la stigmatisation et à renforcer le sentiment d’être compris, les liens entre les personnes participantes et le soutien mutuel.
Le projet a aussi mis en lumière l’intérêt de la communauté pour l’exploration d’autres approches de guérison, notamment les thérapies assistées par des enthéogènes, à condition qu’elles soient sécuritaires, adaptées à la culture et dirigées par la communauté. Les personnes participantes ont insisté sur l’importance du leadership autochtone, des savoirs culturels et de mesures de protection appropriées.
Le projet a fait ressortir les forces de la communauté, les lacunes dans les mesures de soutien au rétablissement et les possibilités offertes par des approches de guérison ancrées dans la culture. Ces constats ont alimenté les premières étapes de la planification d’un modèle de rétablissement plus cohérent, dirigé par la communauté, ainsi que les échanges au sein de l’Addictions Recovery Circle (ARC).
Dans l’ensemble, les résultats soulignent l’importance d’approches de santé mentale souples, fondées sur les relations et la culture, qui permettent de faire dialoguer les savoirs autochtones et les modèles de soins occidentaux.
Retombées
Sacred Synergy a offert aux membres de la nation Takla un espace sécuritaire, dirigé par la communauté, pour parler de traumatisme, de rétablissement et de bien-être.
Les échanges ont permis de relever des lacunes dans les ressources de rétablissement existantes, de réduire la stigmatisation grâce au partage d’expériences et de poursuivre les discussions sur les pratiques de guérison ancrées dans la culture, notamment les activités liées au territoire, les cérémonies et les thérapies assistées par des enthéogènes. Le projet a aussi documenté les perspectives de la communauté et contribué à poser les bases d’une approche plus cohérente du rétablissement, guidée par les valeurs et les priorités de la nation Takla.
Rayonnement du projet
Aucun élargissement officiel de Sacred Synergy au-delà de la nation Takla n’était prévu au moment de la rédaction du profil d’origine. Des démarches initiales avaient toutefois été entreprises pour favoriser de futures collaborations et le partage des connaissances.
La présentation du projet a permis de faire connaître les travaux de la nation Takla dans des discussions pancanadiennes sur la guérison dirigée par les Autochtones et sur les approches thérapeutiques émergentes. Toute éventuelle expansion devra demeurer sous la direction de la communauté, dans le respect de ses priorités, de son degré de préparation et de son consentement.
Ressources créées
Sacred Synergy a produit des ressources destinées à la communauté et au partage des connaissances, dont des enregistrements de cercles de partage et des transcriptions d’échanges sur les traumatismes, le rétablissement et le bien-être.
Le projet a été présenté lors du LIVE-PATH Gathering à l’Université de Calgary.
Au moment de la rédaction du profil d’origine, aucune publication ni aucun outil officiel n’avait encore été diffusé. Les principales retombées résidaient alors dans les connaissances partagées, les relations établies et la poursuite des échanges sur la guérison.
- Mots-clés
Takla First Nation, Salish Sea Entheogenic Society
Qui mène la recherche?
Peter Aningmiuq Gilhuly est bénéficiaire de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. Au moment du projet, il était en première année de baccalauréat en psychologie à la Vancouver Island University. Étudiant adulte et charpentier certifié Sceau rouge, il s’appuie sur son expérience de travailleur autochtone dans les métiers spécialisés et sur son propre parcours de rétablissement.
Ayant travaillé dans plusieurs régions du Canada, notamment dans l’Extrême-Arctique, Peter s’est engagé à promouvoir la santé mentale et le rétablissement des dépendances. Il souhaite obtenir une certification qui lui permettra d’accompagner d’autres hommes autochtones dans leur cheminement de guérison, en donnant une place centrale aux perspectives des communautés et aux réalités culturelles.
« En raison de mon propre parcours de rétablissement, ce projet représentait pour moi bien plus qu’une recherche. Il rejoignait directement ma vision à long terme : créer des espaces où les personnes peuvent guérir d’une manière qui leur semble authentique, où elles se sentent soutenues et où leur culture a toute sa place. Écouter les membres de la communauté, entendre leurs récits et comprendre leurs besoins réels a donné encore plus de profondeur à cette vision. En tant que personne autochtone, ce travail continue aussi d’orienter mon propre parcours de reconnexion et d’apprentissage. Il m’a rappelé que je n’ai pas toutes les réponses, mais que j’ai la responsabilité d’écouter, de tisser des liens et d’aider à créer des espaces où chacun peut renouer avec sa guérison, sa culture et son identité. »
— Peter Gilhuly